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introduction

La colonie française de Saint-Domingue (l’actuelle Haïti) fut l’une des colonies caribéennes les plus brutales, ainsi que les plus lucratives, au dix-huitième siècle. La tradition théâtrale la plus dynamique de la région y coexistait avec les abus choquants du système esclavagiste qui sous-tendait l’économie de la colonie. Cette tradition reste méconnue de nos jours, malgré les excellents travaux d’un certain nombre de chercheurs. Sans ignorer la violence et la cruauté extraordinaires qui caractérisaient la société saint-dominguoise contemporaine, cette base de données vise à faire découvrir la culture riche et variée du théâtre public qui exista dans la colonie de 1764 à 1791, ainsi qu’à promouvoir le développement de la recherche dans ce domaine. Entre ces dates, une série de journaux locaux documente les représentations théâtrales à Saint-Domingue de leurs débuts timides à l’établissement d’une série de troupes locales, de l’édification de plusieurs théâtres publics à l’apogée du théâtre public dans les années 1780 et jusqu’à la veille des révoltes d’esclaves d’août 1791 qui mèneraient à la révolution haïtienne et, finalement, à l’établissement de la république haïtienne indépendante de 1804.

Nos connaissances nous viennent en grande partie du journal saint-dominguois, Les Affiches américaines (et ses variantes), qui est accessible en ligne à la Bibliothèque Numérique des Caraïbes: http://www.dloc.com. Des journaux supplémentaires ont été exploités en ce qui concerne le début et la fin de la période étudiée, et ceux-ci ont été consultés à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Des spectacles théâtraux regroupant des représentations de pièces, de ballets et d’opéras majoritairement importés de France, souvent quelques mois seulement après leur première représentation à Paris ou ailleurs, sont annoncés de manière régulière et détaillée par les sources, celles-ci précisant le lieu local de leur tenue, le théâtre local en règle générale. Un petit nombre toutefois significatif d’œuvres mentionnées sont le fait d’auteurs locaux. Un événement thêâtral typique à Saint-Domingue incluait deux œuvres nommées et de la musique et des danses supplémentaires, parfois suivies d’un feu d’artifice et/ou d’un bal. Nous recensons tous les spectacles impliquant des œuvres dramatiques et notons l’inclusion de musique ou de danse, de feux d’artifice et de bals sur les fiches correspondant au jour où un spectacle particulier eut lieu. Les divertissements tels que les feux d’artifice et les concerts indépendants, qui n’incluent pas d’œuvres dramatiques nommées, sont exclus. Il est possible que les spectacles recensés représentent seulement un petit pourcentage de ce qui fut réellement produit à Saint-Domingue, puisqu’il semblerait que les événements prévus dans le cadre de la programmation régulière sur abonnement n’aient pas été annoncés séparément dans la presse. Cependant, ce dont nous disposons est représentatif de la richesse et de la variété de la production théâtrale à Saint-Domingue pendant le régime colonial et ouvre des perspectives sur l’histoire du théâtre colonial, ainsi que celle d’une tradition théâtrale créole en éclosion.